Le congé délivré par un bailleur à son locataire obéit à un formalisme que l’article 15 de la loi du 6 juillet 1989 détaille avec précision. Quelles conditions de validité distinguent un congé pour vente d’un congé pour reprise, et quels éléments font basculer un courrier apparemment conforme vers la nullité en 2026 ?
Reproduction intégrale de l’article 15-II : le piège du congé pour vente
La plupart des contenus en ligne listent les trois motifs de congé du bailleur (reprise, vente, motif légitime et sérieux) sans s’attarder sur une exigence formelle qui provoque pourtant des annulations devant le juge des contentieux de la protection.
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Pour un congé pour vente, le bailleur doit reproduire intégralement les cinq premiers alinéas de l’article 15-II dans la lettre adressée au locataire. Ces alinéas portent sur le droit de préemption du locataire, le délai dont il dispose pour se positionner et les conditions de l’offre de vente.
L’omission, même partielle, de ce texte entraîne la nullité du congé. Le locataire peut alors saisir le tribunal et obtenir le maintien dans les lieux, quel que soit le respect des autres conditions (délai, forme d’envoi, motif).
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En pratique, une part significative des congés pour vente rédigés sans avocat omet cette reproduction littérale. Le bailleur résume le droit de préemption au lieu de le recopier mot pour mot, ce qui suffit à invalider la procédure.
| Motif du congé | Reproduction article 15-II obligatoire | Délai de préavis (location vide) | Protection locataire âgé/ressources modestes |
|---|---|---|---|
| Vente | Oui (5 premiers alinéas, mot pour mot) | 6 mois avant l’échéance du bail | Oui, obligation de relogement |
| Reprise (habitation personnelle) | Non | 6 mois avant l’échéance du bail | Oui, obligation de relogement |
| Motif légitime et sérieux | Non | 6 mois avant l’échéance du bail | Oui, obligation de relogement |

Congé pour reprise du bailleur : mentions obligatoires et motifs retenus par les juges
Le congé pour reprise permet au propriétaire de récupérer le logement pour y habiter ou y loger un proche. L’article 15 impose que la lettre de congé indique le nom du bénéficiaire de la reprise et sa justification du lien avec le bailleur (conjoint, ascendant, descendant ou partenaire de PACS).
Le bailleur doit aussi préciser la nature du lien de parenté ou de couple, et indiquer l’adresse du bénéficiaire au moment de l’envoi du congé. L’absence de l’une de ces mentions expose le congé à une contestation.
Motif légitime et sérieux : ce que la jurisprudence retient
Le troisième motif de congé, dit « légitime et sérieux », couvre des situations variées. Parmi les motifs validés par les tribunaux :
- Retards répétés et irréguliers dans le paiement du loyer, même sans dette résiduelle au moment du congé
- Troubles de voisinage documentés par des plaintes ou constats
- Sous-location du logement sans autorisation écrite du bailleur
- Travaux de restructuration de l’immeuble réalisés par le locataire sans accord préalable
Le bailleur qui invoque ce motif doit le détailler dans la lettre de congé. Un motif vague ou non étayé sera écarté par le juge.
Protection du locataire âgé ou à ressources modestes : obligation de relogement
L’article 15 de la loi du 6 juillet 1989 prévoit un régime protecteur pour les locataires qui remplissent deux conditions cumulatives : un âge supérieur à un certain seuil et des ressources inférieures aux plafonds fixés pour l’attribution de logements sociaux.
Dans ce cas, le bailleur ne peut donner congé sans proposer une solution de relogement correspondant aux besoins et aux moyens du locataire. Le logement proposé doit se situer dans un périmètre géographique proche.
Cette protection s’applique quel que soit le motif du congé (vente, reprise ou motif légitime). Elle ne peut pas être contournée par un accord amiable signé sous pression. Le locataire protégé qui reçoit un congé sans offre de relogement peut en demander l’annulation.
Locataire handicapé : une protection renforcée
La jurisprudence récente confirme que le juge apprécie strictement le statut de locataire handicapé protégé. Le bailleur qui délivre un congé à un locataire en situation de handicap doit vérifier que les conditions de relogement respectent les contraintes d’accessibilité.

Forme d’envoi du congé et calcul du délai de préavis
Le congé doit être notifié par lettre recommandée avec accusé de réception, par acte d’huissier (commissaire de justice) ou par remise en main propre contre émargement ou récépissé. Un courrier simple ou un email n’a aucune valeur juridique pour un congé du bailleur.
Le délai de six mois court à compter de la réception du congé, et non de son envoi. Le calcul se fait de date à date : un congé reçu le 15 janvier produit effet au 15 juillet.
Le congé doit parvenir au locataire au moins six mois avant la date d’échéance du bail en location vide. En location meublée, ce délai est réduit à trois mois.
Conséquences d’un congé tardif ou irrégulier
Un congé reçu après le délai légal ne met pas fin au bail en cours. Le bail se reconduit alors tacitement pour la durée prévue par la loi (trois ans pour un bailleur personne physique, six ans pour une personne morale). Le bailleur doit attendre la prochaine échéance pour notifier un nouveau congé conforme.
- Congé reçu un jour en retard : le bail se reconduit automatiquement
- Congé sans motif mentionné : nul, le locataire reste dans les lieux
- Congé pour vente sans reproduction de l’article 15-II : nul, même si le délai est respecté
La rigueur formelle de l’article 15 de la loi du 6 juillet 1989 laisse peu de marge d’interprétation. Chaque mention absente, chaque jour de retard transforme un congé apparemment valide en acte sans effet juridique. Pour un bailleur, la conformité du congé se joue à la lettre du texte, pas à son esprit.

